Genre : littérature contemporaine

Editions : Autoédition

Parus en : novembre 2017

Nombre de pages : 396 (Sans elle) ; 374 (Avec elle)

En savoir plus : Avec elle / Sans elle


Avec ou sans elle ?

L’écriture à quatre mains, on connaît. Combien d’auteurs croise-t-on qui nous disent « je suis sur un projet à quatre mains ». C’est dans l’air du temps, de combiner plusieurs talents. Le résultat n’est pas toujours à la hauteur des plumes individuelles, tant celles-ci sont soumises aux contraintes de leur confrère ou consoeur.

Le duo Bakowski/Antoine est en revanche inédit. Pour conserver leur liberté d’écriture tout en travaillant ensemble, les auteurs ont opté pour une base commune, mais deux intrigues distinctes. La première scène est similaire, on pose les éléments prédisposant le drame à venir : une famille heureuse dans laquelle grandissent des jumelles de six ans. L’une va au feu d’artifice de la ville avec sa mère, tandis que l’autre est punie et reste avec son père. Tout semble aller pour le mieux dans cette famille, mais déjà certains éléments sont annonciateurs du destin des jumelles : Coline punie, Jessica préférée par la mère, figure maternelle froide, rigide, exaspérée, figure paternelle ne faisant pas le poids.

Tout part d’un détail : lacets refaits, lacets défaits. Point de rupture audacieux que le lacet refait ou pas par la mère (car la mère tient une place de choix dans les deux histoires, elle est certainement le personnage le plus déterminant).

Alors, avec ou sans elle ?


Avec elle, Solène Bakowski

Doppelgänger version Boucle d’or

C’est l’histoire de jumelles dont des lacets défaits vont sceller le destin. Dans la version de Solène Bakowski, Jessica et Coline grandissent ensemble. Enfant préférée par la mère, Jessica se révèle particulièrement sensible aux attentions de sa mère et par extension au regard des autres. Elle fait l’unanimité, mais au fond d’elle la peur d’être abandonnée s’accroît. Peur de ne pas être choisie par la mère. Une peur qui la pousse à évincer peu à peu sa jumelle mal-aimée Coline. La volonté de Jessica ? Rayer Coline. La faire disparaître. Jessica se révèle être le double maudit, thème relativement classique en littérature que la dualité mais bien traité ici, avec finesse et soupçon de cruauté.

La narration est linéaire, ou presque, et place le lecteur en témoin impuissant d’une catastrophe en marche. Les liens familiaux s’étiolent, se délitent, et ceux qui auront lu Sans elle auparavant ne pourront que faire le parallèle entre les deux histoires. Les caractères de chacun restent foncièrement les mêmes : la mère égocentrique, le père lâche, une jumelle qui se laisse dévorer par l’autre. Solène Bakowski s’immisce dans la psychologie de ses personnages, dans leurs ombres tenaces, dans leurs contradictions, dans leur culpabilité.


La plume est recherchée, musicale, visuelle, sensorielle. La lenteur du récit, qui déroule sans hâte l’enfance et l’adolescence des jumelles, n’est pas sans rappeler par moments la plume d’Elena Ferrante. L’ensemble est d’une grande subtilité, en particulier pour le personnage de Jessica et la relation empoisonnée entre les jumelles.


Sans elle, Amélie Antoine

Six ans pour toujours

C’est l’histoire de jumelles que des lacets refaits vont séparer irréversiblement. Dans la version d’Amélie Antoine, Jessica disparaît, a « six ans pour toujours » et sa soeur Coline reste seule. La famille heureuse bascule dans le fait divers : enquête policière, recherches incessantes, espoir de retrouver Jessica qui peu à peu s’amenuise jusqu’à disparaître. L’absence de Jessica la rend plus présente que jamais, Coline se trouve non seulement amputée de sa jumelle mais à nouveau dévorée par elle.


Une fois de plus, les liens familiaux s’étiolent, se délitent. La mère est omniprésente, dans son obsession de Jessica. Le père fuit. L’issue devrait être différente, mais il semblerait que rien ne puisse sauver cette famille, sur laquelle plane une fatalité sinistre. Une sorte de malédiction, idée très romantique.


La plume d’Amélie Antoine est intelligente, subtile, profonde. L’empathie, la description des sentiments de chacun domine l’ensemble, qui se lit à toute hâte.

Conclusion

 

« Un seul détail suffit à tout changer » : les lacets défaits, les jumelles grandissent ensemble jusqu’à s’empoisonner ; les lacets refaits, l’une d’entre elles disparaît. La narration essentiellement linéaire dessine le paysage d’une famille unie, puis désunie, des liens qui s’étiolent fatalement. Le double récit n’évite pas cependant l’écueil du déterminisme : « avec ou sans elle », le désastre familial est en marche, personne ne sera épargné. Une enfant sur deux tente de se construire, mais au bord du ravin de sa jumelle trop présente, trop absente. Si le reflet entre les récits n’est que partiel, il aboutit inévitablement à l’impossibilité d’exister.

Deux romans qui peuvent se lire indépendamment, l’un après l’autre, ou de manière entrelacée, servis par des écritures proches au point de les confondre, et cependant personnelles : l’une plus sensorielle, l’autre plus empathique. Plumes jumelles ?

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