Lucie Renard : « L’auteur nous fait vivre mille vies en une »

Lucie, pour commencer, quelques mots sur votre parcours ?

Bien que j’aie toujours aimé écrire, analyser mes émotions, mes sentiments, chercher le pourquoi du comment, je n’ai jamais vraiment suivi d’orientation ni de carrière littéraire. Dans mon « vrai » métier (celui qui paie les factures), je suis consultante en stratégie d’entreprise, spécialisée dans le monde de la finance. C’est très très loin de la littérature. Mais dans ma « petite liste », celle des choses à faire tant que je suis là, il y a toujours eu cette ligne qui me faisait des clins d’œil : « Ecrire un roman ». Ca faisait partie de ces rêves un peu fous qu’on caresse sans vraiment y croire. Et un jour, j’ai commencé à écrire.

En moins de six mois, j’avais un roman, « Mon invincible été » était né, presque sans que je m’en rende compte vraiment. J’écrivais tout le temps : dans les transports en commun en allant au boulot, le soir quand nous avions bordé les enfants dans leurs lits, l’ordinateur sur les genoux et le chat ronronnant près du clavier… J’ai découvert CreateSpace, le service d’auto-édition d’Amazon, et j’ai essayé. J’ai créé une couverture, j’ai choisi un format, j’ai publié mon roman. J’en ai un peu – timidement – parlé sur les réseaux sociaux. Et là, oh merveille, le roman a rencontré son public, bien au-delà de mes espérances qui ne dépassaient pas le cadre de ma famille et mes amis. C’était magique. J’ai continué d’écrire à l’instinct, mettant tout mon petit cœur dans mes phrases, dans mes chapitres. Et la magie a continué d’opérer. Les deux autres romans de la trilogie ont plu, encore plus que le premier. Je pense que mon parcours, c’est d’avoir saisi ma chance au moment de ma vie où j’étais prête pour le faire.

Présentez-nous vos romans…

Mon premier roman s’intitule « Mon invincible été ». Dans une classe de troisième d’un petit collège de Lorraine, il y a un nouvel élève, Virgil. Il paraît plus grand, différent. Il ne cherche pas à se mêler aux autres élèves, il a des réactions étranges, parfois. Tiffany, une jeune fille de la classe, en général plutôt introvertie face aux inconnus, se pose des questions sur lui. Peu à peu, elle va essayer d’approcher ce nouveau qui l’intrigue, tout en convaincant sa petite bande d’amis de l’intégrer pour un projet scolaire. Progressivement, Tiffany va découvrir ce qui se cache sous la carapace de Virgil. Dans ce roman, j’invite le lecteur à se replonger en adolescence, à ouvrir son cœur, à découvrir la vie au gré des premières fois avec une bande d’amis comme on aime en avoir au collège.
Dans mon second roman, « Cet été scandinave », nous suivons Tiffany, Virgil et leurs amis jusqu’en Finlande le temps d’un été. Rien n’est simple quand on a quinze ans, même si on est guidé par les meilleures intentions du monde. Il y a d’abord des parents à convaincre, jusqu’à la barrière de la langue dans un pays inconnu. Ce roman est celui de l’amitié « à la vie à la mort » grâce à laquelle rien ne semble impossible, mais aussi celui des premières relations amoureuses. Il est de ces voyages qui forment la jeunesse alors que les émotions se bousculent dans les cœurs adolescents.

« Comme un printemps sur mon trajet » est le troisième roman de ma trilogie. Alors que les deux premiers pouvaient s’adresser à des lecteurs adolescents, le troisième présente des relations et des émotions d’adultes. En effet, nous retrouvons Tiffany et Virgil trentenaires. Chacun de son côté s’est marié, s’est installé dans la vie, a des enfants. Mais un soir de nouvel an, un texto va bouleverser ce bel équilibre et faire ressurgir le souvenir du premier amour. Raconté à tour de rôle par l’homme et la femme, ce roman est celui des grands questionnements introspectifs et des choix difficiles, parfois bousculés par les événements de la vie.

Quelles sont vos inspirations pour écrire ?

Mon inspiration pour écrire me vient des gens : ceux qui croisent mon chemin par hasard, ceux qui ont traversé ma vie, ceux issus de mon imaginaire aussi, ceux que je connais à peine et dont je m’amuse à figurer l’histoire. Je peux m’inspirer d’une citation trouvée sur un media social, d’une scène dans la rue, d’une conversation, des paroles d’une chanson. Tout ce qui fait naître en moi une émotion, bonne ou mauvaise, est source d’inspiration. Alors, je fais tourner l’idée dans ma tête. Je m’assieds sur mon rebord de fenêtre, quelques minutes, je regarde la rue alors que les idées ricochent. Puis je me fais couler un café. Enfin, je m’installe devant mon ordinateur portable, et je laisse les mots me guider.

Pour « Mon invincible été », l’inspiration est venue d’un sujet de rédaction donné à ma fille aînée, alors en quatrième au collège. Il fallait décrire le nouveau venu, caché dans l’angle, qui allait bientôt rejoindre la classe. Ma fille et moi en avons un peu parlé, échafaudé des théories. Le lendemain matin, à l’aube, le personnage était né dans mon esprit. Il fallait que je l’écrive, c’était comme plus fort que moi. C’était comme s’il m’avait imposé d’écrire son histoire.

Dans vos romans, on suit la vie Tiffany, de l’adolescence à l’âge adulte. Pourquoi ce choix? Est-ce difficile pour vous de lâcher vos personnages ?

Virgil et Tiffany ont été mes premiers « vrais » personnages de roman, dans le sens où ils ont été les personnages de mon premier roman accompli. De fait, je les ai tous les deux beaucoup aimés. J’ai fait naître leur relation tout en permettant à Virgil de trouver en lui cet « Invincible été » qui renaît près l’hiver. Quand j’ai eu fini « Mon invincible été », j’ai voulu savoir ce qu’il se passait ensuite. Le second roman, permettant à Virgil de partir à la recherche de sa mère et sa sœur, s’est imposé de lui-même. A la fin de ce roman, le lecteur les quitte alors que leur relation amoureuse semble bien assise et à l’épreuve de la vie. Mais les premiers amours sont rarement les derniers, chacun le sait. La vie installe une routine qui use beaucoup de relations, les non-dits s’installent, on quitte son premier amour. J’ai eu envie de savoir ce qu’il en était pour Tiffany et Virgil, ce que la vie avait fait de cette sympathique bande de potes. C’était comme si, à l’instar de cette chanson de Patrick Bruel, « on s’était dit rendez-vous dans dix ans ». En même temps, j’avais envie de faire un roman plus adulte, de voir si j’étais capable d’écrire de la Romance Young Adult plutôt que du roman adolescent. J’ai apprécié de l’écrire, c’était vraiment intéressant. Et pour cet exercice, j’étais heureuse d’être accompagnée par Tiffany et Virgil, comme on le serait avec de vieux amis.

Que souhaitez-vous transmettre par votre plume ?

Dans « Mon invincible été », il y a clairement un message. J’ai trois enfants, dont deux sont adolescents à l’ère du numérique et des réseaux sociaux. Une grande partie de leur relationnel se passe par écran interposé. J’ai eu envie de transmettre un message : voyez au-delà des écrans, allez vers les gens, vers le petit nouveau qui n’a pas le dernier iphone. Soyez curieux, ouvrez-vous aux autres, découvrez leur richesse intérieure. En même temps, c’est l’âge où l’on fait des premières expériences, où l’on vit des « premières fois ». Alors, dans mes romans, je fais beaucoup d’introspection sur les personnages, parce que je pense qu’il est important, dans toutes les situations de la vie, d’apprendre à s’observer, à écouter cette petite voix en soi qui nous met en garde contre un danger ou une mauvaise décision, cette petite voix qui dit « Attention ! Bêtise ! » Et parfois, on ne l’écoute pas… et parfois, elle se trompe… On apprend. Ca s’appelle l’expérience.

Dans « Comme un printemps sur mon trajet », il y a deux adultes qui ont pris des décisions de vie à un moment donné de leur existence, et qui en arrive à les remettre en question. Dans les choix que l’on fait, on ne choisit pas seulement au regard de son propre référentiel, de ses envies. Il y a le poids de la société, il y a aussi les événements qu’on n’avait pas anticipés qui nous poussent dans un sens ou dans l’autre. C’est amusant comme dans ce roman, les réactions des lecteurs ont été partagées : il y a eu ceux qui ont approuvé les décisions de Tiffany et Virgil, et ceux qui les ont critiquées. Ce que je voulais exprimer, c’est que je pense que devant de tels choix, il n’y a pas forcément de « bon » ou de « mauvais » choix. Il convient juste, quand on a choisi, d’assumer sa décision et de faire en sorte de faire le moins de mal possible autour de soi. Le reste n’est qu’une question d’opinion. Personne ne marchant dans nos chaussures, il est souvent plus facile de critiquer que de comprendre.

Selon vous, quelle est la place de l’auteur dans notre société ?

Je pense que l’auteur est là pour exprimer les choses qui peuvent être ressenties par le plus grand nombre. Il est là pour apporter une opinion, par feuille de papier interposée. Comme pour toute opinion exprimée, parfois on adhère, parfois non. Mais au moins, au croisement d’un livre, on a cette possibilité de s’interroger sur une question, sur un sujet, sur un mode de pensée ou une façon de faire. L’auteur est là pour nous faire vivre mille vies en une : au travers des livres, on ressent des émotions, on rencontre des personnages, on s’attache, on juge parfois. Selon moi, l’auteur donne à vivre. J’adore penser que je fais un peu cela.

Votre plus beau souvenir en tant qu’auteur ?

Quand j’ai reçu ma première chronique sur « Mon invincible été ». Je ne connaissais pas le bloggeur, il m’avait demandé s’il pouvait chroniquer mon roman. J’avais accepté avec joie, mais aussi beaucoup d’appréhension : Et s’il n’aimait pas ? Et la magie avait opéré, il avait adoré le roman. Instituteur pour des enfants en difficulté, il avait vu un message pour l’ensemble des adolescents. C’était comme s’il avait partagé les battements du cœur qui avaient fait naître le roman au bout de mes doigts. C’était magique de lire sa chronique. Je dois avouer qu’à chaque chronique, mais aussi à chaque commentaire de lecteur sur Amazon, la magie est renouvelée. Je les découvre avec les yeux d’un enfant le jour de Noël, le cœur qui bat. Les commentaires de lecteurs remplissent ma journée de soleil. Je pense qu’il n’y a rien de mieux dans la vie d’un auteur que de voir un lecteur qui a vibré à la lecture de son livre.

D’autres passions hormis l’écriture ?

J’aime les gens. J’aime les observer, j’aime discuter avec eux. Je passe beaucoup de temps dans les cafés, cachée derrière un cahier, un roman, ou mon ordinateur portable, à observer ces scènes de la vie quotidienne qui apportent du cocasse à l’existence. Parfois, j’entame une conversation avec les gens, je les découvre, j’adore ça. J’ai parfois une propension phénoménale à me tromper sur les gens, aussi, car dans la vie, on croise aussi bien des belles âmes que des noirs desseins. Mais qu’importe, j’y retourne, je me mêle aux gens, à ces tranches de vie.

Avez-vous des projets en cours ?

Je vais sortir un quatrième roman au mois de novembre 2017. Spoiler : Il s’intitule « Scenes from an Italian restaurant ». Ce roman marque une rupture avec la trilogie précédente. Nouveaux personnages, nouvelle histoire, nouveau vécu. Cette fiction est à l’intersection d’une extrapolation à partir de scènes de vie observées dans les cafés, les restaurants, dans la rue, et d’une citation croisée sur un réseau social qui disait « Il y a une histoire derrière chaque personne, qui fait qu’il/elle est ainsi. ». Bercée par la chanson de Billy Joel qui a accompagné mon écriture, j’ai voulu raconter l’histoire derrière les gens qui travaillent ou viennent manger dans un petit restaurant italien de mon imagination, vue à travers le regard d’une jeune femme, qui peu à peu, va tisser des liens forts avec certaines de ces personnes. J’ai voulu créer un roman qui ne fait pas que se lire : il se touche, il se goûte, il s’écoute, il se ressent. J’ai hâte de le partager avec les lecteurs !

Merci beaucoup, chère Loli, de m’avoir donné cette occasion de m’exprimer sur mes romans. Merci pour cette interview si sympathique.


Portrait littéraire

Si vous étiez…

Un roman classique : Anna Karenine de Tolstoi. J’adore les auteurs russes.
Un roman contemporain : Un long dimanche de fiançailles de Sébastien Japrisot
Une pièce de théâtre : Le voyageur sans bagages de Jean Anouilh
Un poème : L’horloge de Baudelaire
Un auteur : Patrick Cauvin
Un personnage de roman : Le zèbre d’Alexandre Jardin
Un genre littéraire : La romance young adult
Un mot : inéluctable
Une citation : « Les grandes idées et les grosses âneries ont ceci de commun qu’au départ, elles ont toutes les deux l’air d’être de grandes idées ». (Auteur inconnu)


Cette interview vous a plu ?

Vous souhaitez en savoir plus sur l’auteur et ses livres ?

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