Entretien avec Frédéric Meurin, auteur

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Aujourd’hui, nous rencontrons l’auteur de La Troupe, Frédéric Meurin. Un écrivain passionnant dont les réflexions sur l’écriture font particulièrement écho aux miennes. Aussi je le remercie vivement d’avoir accepté cette interview, très enrichissante et vous incite à le découvrir également dans son œuvre !

Frédéric, pour commencer, quelques mots sur votre parcours ?

Atypique ! J’ai étudié la biologie au lycée, les arts du spectacle à la fac (et le théâtre au conservatoire), et enfin les technologies du web.

Présentez-nous votre roman La troupe

C’est une chronique contemporaine sur l’aventure de quelques jeunes qui veulent se lancer dans le théâtre. Il y a bien sûr une dimension autobiographique mais plutôt que de raconter « mon histoire », je voulais transformer toutes les anecdotes, les rencontres, le parcours en quelque chose de plus intéressant. Le résultat obtenu est une fiction nourrie de réel, qui montre l’envers du décor de la jeunesse qui n’en veut plutôt que le glamour, le strass et les feux de la rampe.
Bref, c’est un roman qui nous emmène en coulisses, là où les interprètes, et non leurs rôles, rient, pleurent et sentent la sueur.

Depuis quand écrivez-vous ? Y a-t-il eu un déclic particulier ?

J’ai toujours inventé des histoires. J’ai dans mes cartons, comme beaucoup de monde je suppose, des débuts inavouables de romans écrits à l’adolescence. L’écriture ne m’a jamais vraiment quitté, la pratique est devenue bien plus assidue depuis deux ans, avec la finalisation de la Troupe, des nouvelles – on y reviendra – et l’écriture de mon deuxième roman, La petite fille qui détestait les étoiles (en lice dans le concours Faits Divers chez Librinova, résultats fin août, j’ai hâte).

Mon rythme d’écriture s’est intensifié suite à plusieurs événements de ma vie personnelle. Je situe la véritable prise de conscience à la lecture d’un article qui a mis au jour un phénomène que j’expérimentais au quotidien. L’auteur de ce papier (en anglais) y expliquait que les writers (de fiction, chercheurs, journalistes…) excellent en procrastination, pour une raison toute simple : l’œuvre imaginée est toujours parfaite, alors que celle réalisée décevra toujours (au moins la personne qui l’a écrite). Ce constat peut sans doute s’appliquer à de nombreuses expressions artistiques. Bref, plutôt que d’être déçu, on remet à plus tard. Sauf qu’à un moment, la peur de la médiocrité est supplantée par la peur de n’avoir rien produit – la peur de la mort, en somme. J’ai bientôt quarante ans et même si j’ai encore de belles années à vivre (n’est-ce pas ?), ce constat a résonné très fort. Et je me suis mis à écrire de manière bien plus assidue.

Que souhaitez-vous transmettre par votre plume ?

Je commence à sérieusement me poser cette question. J’ai auto-édité La Troupe car je traînais cette histoire depuis six ans entre le début de son écriture et le point final dans une forme qui me paraissait présentable au public. Je souhaitais tourner la page ; soumettre ce texte à l’appréciation du public via l’auto-édition m’a paru un bon moyen. Je doutais beaucoup de la qualité de mon écriture : les retours m’ont rassuré.
J’espère avoir progressé suite aux critiques que j’ai pu recevoir pour mon deuxième roman, mais son propos n’est que de raconter une histoire – par opposition à véhiculer un message. Je l’ai racontée en respectant les valeurs qui me motivent, mais ce n’est pas un texte engagé

Et quand je regarde le monde qui nous entoure, j’ai de plus en plus envie de mettre du sens dans mes futures histoires. J’essaye déjà de peindre des personnages en accord avec mes convictions – j’ai retravaillé La Troupe après sa publication en ce sens (et elle pourrait encore l’être mais bon, il faut avancer, aussi). Dans mes prochains projets, je souhaite amener mes lecteurs et lectrices à se questionner sur certains aspects de notre société, pour la rendre plus équitable, plus paritaire, plus respectueuse de notre environnement, bref plus humaniste. Et si j’y arrive sans être pontifiant, j’aurai réussi mon pari de proposer des divertissements et non des diversions aux problèmes auxquels nous sommes tous confrontés.

Vous avez également publié des nouvelles dans deux recueils. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces deux expériences ?

Ces deux projets sont arrivés en même temps, fin 2016. Elsa Chapelier et Nina Frey, que j’avais croisée auparavant, m’ont contacté après avoir lu La Troupe. Elles m’ont proposé d’écrire une nouvelle sur le thème de la nostalgie… en douze jours ! Le défi me motivait car le recueil allait être vendu au profit de l’Association des Lauréates de la Fondation ELLE. Et le combat pour l’égalité des femmes m’importe véritablement. J’ai relevé le gant, la nouvelle ainsi écrite (Ça commençait si bien) leur a plu, et j’étais embarqué dans le Collectif La Pieuvre (qui prépare d’autres surprises).
Motivé par ces dix jours d’écriture intensive, j’ai enchaîné avec une nouvelle pour un autre recueil, au profit d’associations LGBT et là encore ma nouvelle (Le Conte de Trois) a intégré le volume des Contes et Histoires Arc-en-ciel, aux Editions Goater.
Je suis très fier de ces textes, parce qu’ils défendent, voire illustrent pour Le Conte…, des valeurs qui me sont chères. Et en plus ils participent au financement d’associations qui œuvrent pour ces valeurs !
L’étape suivante est de pirater des recueils non-engagés avec des textes qui le seront. Oui, j’ai déjà une cible en vue.

Avez-vous des rituels particuliers lorsque vous écrivez ? Ou un moment privilégié dans la journée pour écrire ?

Pas que j’ai détecté. J’ai constaté que le conseil martelé par tous les auteurs expérimentés se vérifie : il faut écrire chaque jour. Une pratique quotidienne est essentielle.
Après, en ce qui me concerne, je n’ai pas de moment privilégié. Je ne suis pas trop du matin, donc pas de ceux qui se lèvent à 6:00 pour écrire une heure avant d’aller bosser. Du coup c’est plutôt le soir, mais j’ai expérimenté l’écriture de jour (en mode journée de travail), j’y arrive aussi !
Réflexion faite : j’ai un rituel. Beaucoup de thé. J’ai une tasse un peu fétiche, noire, marquée de caractères rouges avec l’injonction « Don’t Fucking Procrastinate ». C’est mon Jimmy Cricket à moi.

Votre plus beau souvenir en tant qu’auteur ?

Il remonte à 2008, à l’époque où j’écrivais encore en dilettante. Avec différents bloggeurs et bloggeuses avec qui j’étais en contact à l’époque, j’ai participé à un recueil de nouvelles censées former un cadavre exquis. Le résultat n’était peut-être pas à hauteur de nos ambitions mais je me souviendrai toute ma vie de mon père montrant la couverture de son exemplaire à ma mère, et y pointant tout guilleret et fier mon nom.

D’autres passions hormis l’écriture ?

La lecture, déjà. La musique occupe une part très importante dans ma vie – qui a lu la Troupe pourra en témoigner. J’aimerais me remettre sérieusement à la pratique (clavier, guitare, basse). Je joue beaucoup – et là je ne parle plus d’instrument mais de jeu de rôle, grandeur nature ou non, de jeux de société, voire de jeux vidéos.
J’aimerais enfin m’engager plus dans les causes qui me tiennent à cœur, l’écologie et l’éducation, en particulier.

Avez-vous des projets en cours ?

Trop pour mon propre bien. A l’heure où j’écris ces lignes, je dois finaliser des fiches de personnages pour le jeu de rôle grandeur nature Drakerys, qui aura lieu mi-août 2017. J’ai d’ailleurs deux projets qui découlent de celui-ci. Le premier sera une chronique sous forme audio, je ne peux pas parler du second – superstition et confidentialité mêlées m’en empêchent. Puisque j’ai fini mon roman pour le concours Librinova, je récupère un peu de temps pour réalimenter mon webcomic T’inquiète, y a un safe word, qui est surtout adressé à un public de Gnistes. Et j’ai deux nouvelles à développer pour des appels à textes échéant en septembre.

Plus dans les envies mais qui devraient se concrétiser très vite, un scénario pour le cinéma pointe le bout de son nez, j’ai un autre jeu de rôle grandeur nature à finaliser avec des amis pour le premier semestre 2018, et quelques romans murissent dans mon crâne. L’un d’eux semble faire une bonne prochaine cible. Tout cela devrait m’occuper pour la fin de l’année – et m’empêcher de dormir, mais on n’a rien sans rien !


Portrait littéraire

Si vous étiez…

Un roman classique : L’or, de Blaise Cendrars
Un roman contemporain : Le monde selon Garp, de John Irving
Une pièce de théâtre : Pour oui ou pour non, de Nathalie Sarraute
Un poème : Les Amoureux trahis, de Jacques Prévert
Un auteur : Terry Pratchett
Un personnage de roman : Hermione Granger
Un genre littéraire : Les Annales du Disque-monde, de Terry Pratchett. C’est un genre à part entière.
Un mot : harmonie
Une citation : Mais c’est toujours ce qui se passe dans la vie : on s’imagine jouer son rôle dans une certaine pièce, et l’on ne soupçonne pas qu’on vous a discrètement changé les décors, si bien que l’on doit, sans s’en douter, se produire dans un autre spectacle. (Milan Kundera, « Edouard et Dieu », in « Risibles amours »)


Cette interview vous a plu ?

Vous souhaitez en savoir plus sur l’auteur  et son œuvre ?

http://www.frederic-meurin.com/ [1] : une nouvelle inédite chaque mois,
des extraits de roman, et mon actu !
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