Amélie Antoine, Quand on n’a que l’humour

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Genre : littérature contemporaine, drame

Editions : Michel Lafon

Paru en : mai 2017

Nombre de pages : 364

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Mon avis

 

Résumé : Imaginez…
Vous êtes Édouard Bresson, l’humoriste préféré des Français.
Le moindre de vos spectacles se joue à guichets fermés, tout le monde vous adule et vous envie. Mais à chaque tournée, au premier rang, une place reste désespérément vide.
Et à chaque fois, votre cœur se déchire un peu plus.

Imaginez que la France entière vous aime.
La France entière, sauf votre fils, qui ne vient jamais vous applaudir.
Parce qu’il vous déteste de l’avoir négligé toute son enfance.
Parce qu’il a laissé la colère et le ressentiment le dévorer et que vous n’avez rien fait pour l’empêcher de s’éloigner.

Imaginez ce que vous feriez si, à force de toujours remettre à plus tard, vous réalisiez soudain qu’il est peut-être désormais trop tard pour rattraper vos erreurs.

Imaginez que vous ayez tout, absolument tout pour être heureux.
Sauf l’essentiel.

Qui n’a jamais rêvé de la célébrité ? Qui n’a jamais imaginé une foule en délire, des autographes à signer, des fans qui vous aiment ? Qui n’a jamais éprouvé une pointe d’envie devant telle ou telle personnalité, jalouse dissimulée sous une vague indifférence méprisante ? Et combien de fois a-t-on déjà entendu que tel ou tel artiste a pris le melon, que le succès lui monte à la tête ?

Par ce nouveau roman, Amélie Antoine nous plonge dans les coulisses de cette célébrité tant enviée, à travers le personnage de l’amuseur public, Edouard Bresson. Il est humoriste, il est célèbre, il est aimé de tous et désespérément, irréversiblement seul. Rongé par la culpabilité et l’angoisse, il s’est éloigné de sa famille, de sa femme et de son fils. Il ne vit plus, en somme, qu’à travers les personnages qu’il a construit, rarement lui-même, toujours à couvert. Il a fait de la vie, pense-t-on, une immense farce. Mais la farce a aussi son revers, c’est un clown triste que nous présente l’auteur, pour lequel tout est trop tard. Jusqu’à sa dernière blague, la plus terrible, la plus noire qui se puisse concevoir.

Le roman se présente en deux parties. La première sous le regard d’Edouard, où s’alternent présent et passé. Un basculement de l’un à l’autre réalisé avec virtuosité, par la dernière phrase d’un chapitre qui devient la première du suivant, et ainsi de suite. Que cherche à nous dire l’auteur par cette narration particulière ? Peut-être qu’Edouard Bresson n’a plus de futur possible. Il y a le présent, insupportable et solitaire ; il y a le passé, accaparant.

La seconde partie est écrite du point de vue du fils d’Edouard, Arthur. Un fils en colère, qui a vécu avec un père absent, qui a cherché sa reconnaissance sans, croit-il, y être parvenu. Après l’ultime blague du père, il est l’heure pour le fils de partir à la découverte de cet inconnu. D’apprendre à le connaître, à le comprendre, à se réconcilier. Par une chasse au trésor géante organisée par Edouard, Arthur arpente les chemins de la résilience. Pour son père, et pour lui-même. Dans cette seconde partie, n’oubliez pas de bien regarder les titres des chapitres, une surprise s’y cache…

Le roman est prenant, davantage la première partie peut-être, quand le lecteur est suspendu au sort de l’humoriste. La deuxième partie prend les contours d’un roman d’apprentissage, sur la complexité des liens familiaux et la nécessité de se réconcilier avec le passé.

Un beau roman en somme, émouvant et profond, qui donne à réfléchir sur les prétendus privilèges de la célébrité, qui construit des personnages et déconstruit des personnes.

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