Un sac, Solène Bakowski

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Genre : thriller psychologique

Editions : Autoédition puis éditions Bragelonne (collection poche Milady)

Paru en : 2015 puis 2017

Nombre de pages : 288

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Mon avis

 

Résumé : En pleine nuit, une jeune femme attend face au Panthéon, seule, un petit sac dans les bras qu’elle serre comme un étau. Cette femme, c’est Anna-Marie Caravelle, l’abominable, l’Affreuse Rouquine, la marginale.
Vingt-quatre ans plus tôt, Anna-Marie, fille d’un suicidé et d’une folle à lier, a été prise en charge en secret, à l’insu du reste du monde, par la vieille Monique Bonneuil, qui ne s’imaginait pas qu’elle abritait un monstre sous son toit. Un monstre que, lentement, elle a fabriqué. Car la petite fille, poussée par ses démons, hantée par son histoire, incapable de distance, se met à tuer. Tuer, sacrifier pour régler ses comptes, tout simplement.
Mais que fait-elle là, Anna-Marie, désormais jeune femme, agenouillée en plein Paris au milieu de la nuit ? Et que contient ce mystérieux sac qu’elle serre dans ses bras ?

Ce livre, dont j’avais entendu depuis longtemps le plus grand bien (notamment par la chronique de Vincent Lahouze), ce livre je l’ai saisi dans un moment de distraction, un peu à distance comme toujours lorsque je commence un roman et que je crains d’être happée par lui. Ma « crainte » s’est naturellement vérifiée en quelques pages à peine. Je n’ai plus dès lors quitté cet épouvantable thriller, m’accrochant aux pages comme Anna-Marie à son sac.

Un sac, c’est l’histoire terrible et inéluctable d’une jeune femme hantée par son passé et son passif familial, hantée par sa mère, hantée par des fantômes qui, au fil des années et des meurtres, se font plus nombreux et plus puissants. Anna-Marie tue dans un brouillard, entourée de voix qui la commandent et surtout la voix, impérieuse et sinueuse, de la mère. Ombre de femme, absente physiquement de la vie d’Anna-Marie, la mère est cependant l’élément essentiel qui compose les abîmes de sa fille. Il faut dire que la vie d’Anna-Marie commence mal, très mal. Le lecteur pose un regard fataliste sur cette jeune fille : comment cela peut-il finir autrement ?

Il convient de mettre en garde le lecteur sensible : l’univers bakowskien est sombre, d’aucuns diraient glauque, sanglant, pervers. Pour ma part, Anna-Marie est le genre de personnages qui me fascine et qu’un psychiatre aurait sans doute plaisir à décortiquer. Dans les brumes meurtrières et visqueuses d’Anna-Marie, on peut reconnaître les symptômes de la schizophrénie ou de la psychose (mes connaissances dans ce domaine sont trop maigres pour me risquer à un diagnostic). Dans les épisodes sanglants, elle se dépersonnalise, endosse le corps de sa mère (qui la possède, pense-t-elle), entend des voix, voit des fantômes, ne contrôle plus. Une part d’elle-même refuse, l’autre part commet les meurtres. Puis elle émerge, constate et n’en est pas ou peu affectée. Elle n’est pas bien fière, certes, mais ses émotions sont largement inhibées. A cela succède une période de soulagement à la perspective de commencer une nouvelle vie. La seule véritable source de souffrance, c’est ce sac.

A sa manière, Anna tente d’échapper à son destin. Dans une existence marginale, elle parvient à trouver un semblant d’équilibre, d’abord avec l’Ange puis seule. La relation entre elle et l’Ange est magnifiquement décrite et avec une grande justesse, tant et si bien que je me suis reconnue dans l’Affreuse rouquine et que j’ai reconnu mon passé dans l’Ange. L’espace d’un instant, je me suis demandée si Solène Bakowski ne s’était pas introduit subrepticement dans mes souvenirs. C’est dire comme Un sac prend le pas sur la réalité.

De la dérive de ce « monstre », dérive qui d’ailleurs demeure inachevée, on sort brisé, meurtri, abasourdi. Solène Bakowski n’épargne pas son lecteur. Elle vient troubler son équilibre et son esprit, suffisamment pour altérer sa raison et laisse dans son sillage l’âcre goût de la folie. Voilà un livre qu’en effet on ne peut oublier, et qui distille durablement ses charmes sombres. Un coup de maître.

 

5 commentaires sur “Un sac, Solène Bakowski

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