L’amie prodigieuse, Elena Ferrante

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Genre : littérature contemporaine, drame

Editions : Folio

Paru en : 2016

Nombre de pages : 448

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Mon avis

 

Résumé : «Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.» Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition. Formidable voyage dans l’Italie du boom économique, L’amie prodigieuse est le portrait de deux héroïnes inoubliables qu’Elena Ferrante traque avec passion et tendresse.

Je dois bien l’avouer, je n’ai lu que tout récemment le premier tome de L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante. J’étais passée complètement à côté de cet auteur, dont le nom me revenait pourtant fréquemment aux oreilles. J’ai rattrapé un peu de mon retard dernièrement et bien m’en prit !

L’histoire vous happe dès les premières pages. Qui est cette femme qui disparaît soudainement et avec préméditation ? On pourrait craindre pour elle, ou imaginer la souffrance qui l’habite. Mais la narratrice, sa meilleure amie, ne l’entend pas ainsi. Cette disparition n’est pas la conséquence d’une souffrance mais un acte de guerre. Elena, en prenant la plume pour raconter son amie et son enfance, ne le fait pas dans un devoir de mémoire mais comme une contre-attaque. Le ton est donné, qui dominera tout le récit.

La violence entoure le récit d’un souffle chaud et venimeux. C’est une violence physique bien sûr, mais aussi psychologique, et surtout c’est une violence quotidienne, généralisée, à laquelle Elena et Lila sont accoutumées au point de ne pas imaginer la vie autrement. En particulier Lila qui, malgré ses facultés exceptionnelles et ses airs de surdouée incomprise, n’entend pas échapper à la violence de son quartier, ni même véritablement à la pauvreté. Elena le dit dès le début : Lila ne voudra jamais quitter Naples. Chez cette créature intrépide, la limite est là : elle est irrépressiblement accrochée à son lieu d’origine, loin duquel elle craint peut-être de n’être plus rien. Lila est le personnage phare du roman et pourtant c’est un personnage détestable, qui intrigue le lecteur et auquel on aimerait échapper, dans le même mouvement d’attraction-répulsion de sa meilleure amie Elena.

Celle-ci n’est pas aussi voyante que Lila, plus en retrait, moins originale. Elle s’en désespère. Ses envies sont des envies normales d’enfant, puis de jeune fille, puis de jeune femme. Elle aime les garçons, elle aime la reconnaissance sociale, elle aime être jolie, autant de désirs que Lila lui dérobe les uns après les autres. En revanche, Elena a une force que Lila n’a pas : elle peut quitter son quartier. Si elle y est attachée, elle est aussi capable de vivre loin de lui. Peut-être Elena se révélera-t-elle plus forte que son amie par la suite… Car en définitive, ce qui la raccroche à Naples, c’est Lila, c’est l’attraction obscure qu’elle éprouve pour elle. Il y a là bien des sentiments mêlés, entre amour passionnel, admiration envieuse, jalousie, haine parfois. Lila est une voleuse, c’est ce qui apparaît. Elle vole les spécificités des autres, les écrase et c’est elle qu’on voit, seulement elle, éclipsant tout ceux qui l’entourent. Aucun de ses gestes n’est anodin aux yeux d’Elena, et chaque phrase possède une violence particulière.

Le récit révèle également la vie quotidienne des années 50, dans un quartier pauvre de Naples. Un quartier où on parle en patois bien plus qu’en italien, où on fait rarement des études, où on se bat facilement, où on peut mettre son monde à feu et à sang pour un simple accroc.

Un roman à lire, à méditer, à porter en soi, dont la lourdeur, dont la moiteur vous accompagneront bien après le livre refermé.

La suite lorsque j’aurais lu les deux autres tomes…

L. Artésia

 

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