Les méduses ont-elle sommeil, Louisiane Dor

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Genre : drame, novella

Editions : Gallimard / Folio

Nombre de pages : 96

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Mon avis

Résumé : « Mon destin ne pouvait pas être aussi simple que le leur. Aussi plat. Aussi rien. Je voulais devenir quelqu’un. Paris m’attendait, je le savais, que Paris m’attendait. J’ai alors quitté le gouffre dans lequel Dieu et ma mère m’avaient implantée, et ai fait de mon quotidien ce dont je n’avais jamais rêvé : un désastre. »

Les méduses ont-elle sommeil ? est l’histoire d’Hélène, 18 ans, arrivée à Paris. Elle est fraîchement majeure, loin des limites parentales, et entame sa vie parisienne avec une naïveté confondante. La cocaïne, puis la MDMA arrivent dans son quotidien comme un élément tout à fait naturel, Hélène s’emploie à le rappeler souvent, insiste sur le fait qu’elle ne se drogue pas, pas vraiment, pas totalement. Puis, sans qu’elle-même s’en rende compte, le lecteur sent le gouffre qui se profile sous ses pieds, le vertige d’Hélène et tous les symptômes de la toxicomanie avancée. Elle se disloque, devient méduse, n’a plus sommeil.

L’auteur en décrit les effets avec une grande justesse. La cocaïne, premier produit consommé par Hélène, est une drogue « conviviale », mondaine, qui permet dans un premier temps à son consommateur d’offrir aux autres une personnalité et une intelligence qu’il ne soupçonnait pas en lui. C’est la drogue de ceux qui ont besoin en société de porter un masque. Ou encore de ceux qui cherchent l’inspiration et s’habituent à la trouver dans un produit. Bref, Caroline est extravertie. La MDMA, Marie, est une créature introvertie. Elle séduit par les sensations qu’elle procure. Elle rend méduses ceux qu’elle a séduits, leur offre un monde magique où les couleurs, les sons, les sensations se mêlent et deviennent accessibles.

Le personnage d’Hélène est intéressant. Elle réunit toutes les failles susceptibles de la faire basculer : un furieux besoin d’exister, d’être vue et admirée, une méconnaissance de la vie citadine, un Paris fantasmé, une inconscience certaine et une incapacité à se projeter dans le futur. Hélène vit au présent, Hélène suit les autres, Hélène se rêve et fantasme sa vie. Hélène, en somme, a dix-huit ans.

Le roman, plus proche de la novella en fait, se lit rapidement, d’un trait, en retenant son souffle. On oublie de lever les yeux de sa lecture et, si on s’y aventure, on est saisi de vertige. Le malaise est profond qui accompagne le lecteur de bout en bout. C’est un roman de l’urgence, urgence de vivre pour le personnage, urgence de lire pour le lecteur.

Bien que le sujet ne soit guère nouveau, la plume est magnifique, vibrante de vérité. Si vous m’en croyez, Louisiane C. Dor est une auteur à suivre, et ses Méduses ne sont qu’une première étape. C’est une plume qui a encore beaucoup à dire. Le ton de départ est nerveux, enjoué, candide. Il y a là une tonalité Sagan, proche de Bonjour tristesse. Puis, au fil des pages, l’écriture évolue tandis qu’Hélène se transforme en méduse. Elle apparaît progressivement plus perdue, mais aussi plus lucide. Le lecteur côtoie les sombres rivages des paradis artificiels, qui ne sont pas sans rappeler ceux de Virginie Despentes et d’Ann Scott. Hélène et ses « amis » tendent à devenir des « poussières d’anges » à leur tour.

Jusqu’aux dernières lignes, violentes, définitives et salutaires.

2 commentaires sur “Les méduses ont-elle sommeil, Louisiane Dor

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