Soumission, Houellebecq

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Genre : littérature contemporaine

Editions : J’ai lu

Nombre de pages : 320

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Mon avis

Résumé : Dans une France assez proche de la nôtre, un homme s’engage dans la carrière universitaire. Peu motivé par l’enseignement, il s’attend à une vie ennuyeuse mais calme, protégée des grands drames historiques. Cependant les forces en jeu dans le pays ont fissuré le système politique jusqu’à provoquer son effondrement. Cette implosion sans soubresauts, sans vraie révolution, se développe comme un mauvais rêve. Le talent de l’auteur, sa force visionnaire nous entraînent sur un terrain ambigu et glissant ; son regard sur notre civilisation vieillissante fait coexister dans ce roman les intuitions poétiques, les effets comiques, une mélancolie fataliste. Ce livre est une saisissante fable politique et morale.

Ceux qui me lisent régulièrement savent que, de manière générale, je suis une « gentille » critique. Il est rare que je casse un livre, car je sais le temps et la peine que celui-ci demande à son auteur et tous les espoirs qu’on peut placer dedans. Anéantir cela en quelques mots cinglants me paraît terriblement égoïste.

Je ferai exception pour M. Houellebecq.

Il me faut d’abord confier que je n’avais encore jamais lu Michel Houellebecq. J’en avais entendu parler bien sûr, auteur à la mode prétendument polémique. J’avais vu le personnage à la télé, je l’avais trouvé pathétique. Je voulais savoir ce qu’il en était, persuadée malgré tout que ce penseur des salons parisiens devait avoir, au minimum, une belle plume.

Dès les premières lignes, j’ai compris mon erreur. L’écriture est mauvaise, il m’est difficile de trouver un autre mot. Un style insipide, inexistant, un discours creux, et surtout le rythme, ou plutôt son absence. J’aime les écritures mélodieuses, qui chantent, même de manière dissonante. Mais dans Soumission, pas d’assonances ni de dissonances, juste des kilomètres de phrases qui s’assemblent mal, construites sans réflexion et sans harmonie, avec une utilisation très particulière de la ponctuation. La lecture en est pour le moins laborieuse, on se force à lire (car il était hors de question pour moi de juger un livre lu partiellement), on fronce les sourcils, on souffle, bref on s’emmerde.

Et puis, il y a le contenu. D’abord il y a le sujet polémique de l’Islam, celui qui a fait jaser les critiques littéraires et a confirmé à Houellebecq le titre ô combien prisé d’auteur polémique. Islamophobe ou islamophile ? Là en fait n’est pas la question, ce n’est pas le sujet. Je crains que Houellebecq ne soit ni l’un ni l’autre, et qu’il soit fondamentalement un opportuniste qui a parfaitement apprivoisé le rôle qu’il devait jouer. Pour faire parler de lui, quel autre sujet que celui de l’Islam ? Il n’a fait que suivre la tendance.

Non, il n’a rien à dire vraiment sur le sujet, Soumission nous le révèle. Roman d’anticipation ? Pas exactement. Ou bien Houellebecq est franchement mauvais prophète. On nous présente une « intrigue » qui se passe en 2022, mais sans prendre en compte les changements qui ont pu s’opérer en quelques années dans la société française. Sur le plan politique, envisager Copé à la tête de l’UMP (dégainant, je suppose, une chocolatine en guise d’argument suprême), c’est à peu près aussi mal vu que si je pariais sur Nabilla pour remonter le niveau littéraire de la France. Bien sûr, c’est de la fiction. Autrement dit, l’auteur peut bien imaginer ce qu’il veut. Même si ce n’est pas crédible.

Admettons cependant… Le problème n’est pas à la limite qu’un parti musulman dirige le pays, le problème réside dans la pauvreté de la réflexion autour de ce sujet. Présenté comme une utopie (ou une contre-utopie ? Ce n’est pas évident), Soumission n’aura pas l’audace, je l’espère, de se croire au niveau de 1984. Dans le domaine de l’utopie, on a fait nettement mieux et plus vraisemblable. Je lis en 4eme de couverture « sa force visionnaire ». Je ne vois là rien, absolument rien de visionnaire. Et je vous dirai que ma soeur de 13 ans a une analyse politique plus solide que Houellebecq.

J’ai lu ce livre le plus vite que j’ai pu, et malgré tout plus lentement que d’habitude, ce qui est mauvais signe. Il était deux heures du matin et j’ai fini par m’endormir dessus et par passer une nuit absurde, peuplée de rêves dans lesquels Marine le Pen était vêtue d’une burqa, qu’elle portait fort bien d’ailleurs. Bref…

On pourrait s’arrêter là. Rester sur le sujet « polémique ». Mais non, j’ai gardé le meilleur pour la fin. Le véritable sujet du roman : la bite du personnage (de l’auteur ?). En effet, je trouve aberrant que si peu de critiques aient relevé l’incroyable misogynie de ce roman. Certes, vous me direz que c’est le personnage qui est comme ça, pas l’auteur. Pourtant, j’ai cru comprendre que c’était une thématique récurrente dans la prose de Houellebecq que le devenir de son phallus. Sous le narrateur, l’auteur apparaît toujours en filigrane…

Et Houellebecq nous livre un personnage principal affligeant de suffisance et de préjugés, pitoyable, guidé par ses seuls instincts primaires et que rien ne passionne en dehors de ça. Créature triste et amère que cet enseignant qui baise ses camarades, puis ses étudiantes, puis des putes, avant de se rendre compte que, oh formidable, l’Islam lui permet d’être polygame, ô joie et béatitude, enfin une rédemption possible…

La femme dans Soumission ? L’idéal est une femme pot-au-feu le jour et baisable la nuit. En gros, un morceau de viande. Lorsque le parti musulman arrive au pouvoir, les femmes n’ont plus le droit de travailler, cessent de porter des jupes et des robes, sont cantonnées au rôle de mère au foyer dans une société totalement patriarcale. Et ça ne gêne pas le personnage, ni les personnages féminins du roman, ni même l’auteur semble-t-il, ni les lecteurs apparemment (et c’est encore ce que je trouve le plus révoltant !)

Ajoutons à cela une absence totale de compassion pour la femme, qui est évaluée sur des critères physiques uniquement. Je pourrais citer des dizaines de phrases d’une misogynie hallucinante…

Soumission. Pour le coup, le titre est bien trouvé… Je me demande au fond si l’auteur ne s’est pas foutu de la gueule de tout le monde avec ce roman, évoquant l’Islam comme un leurre cachant le véritable sujet : la soumission féminine.

Je relève également des incohérences dans la psychologie des personnages. Ainsi, le personnage principal avait rompu, au début du roman, avec Myriam, comme il le faisait chaque année avec une nouvelle étudiante. Elle est présentée au départ comme une simple aventure. Mais il semblerait que le triste bonhomme se soit attaché à elle, jusqu’à en venir à parler de couple, de « chéri », etc. Ce qui rompt radicalement avec le premier discours qui la place dans la posture d’étudiante baisable, point. Et puis non, en une nuit, les voilà en couple comme s’ils se connaissaient depuis la petite enfance…

De plus, si la bite est à l’honneur dans ce roman, elle ne fait pas très envie. Quelques scènes de cul très médiocres, le seul passage un peu érotique est la nuit avec Myriam. Crachons sur le machisme mis en avant, mais pas sur les mots crus : je ne jouerai pas les prudes. Mais je vous dirai que j’ai déjà lu infiniment plus érotique que ça. Ce passage du livre ne vaut pas, loin de là, Alina Reyes, ni Miller, ni Verlaine, ni Apollinaire, ni… (la liste est longue).

Ne soyons pas vipère, certains passages, surtout vers le milieu du livre, sont mieux écrits. Plus fluides, plus harmonieux. Notamment le séjour du personnage dans le Sud-Ouest. L’écriture atteint enfin un niveau acceptable. Malheureusement, la suite du roman ne confirme pas cette brève impression et on continue à s’emmerder, implacablement. C’est dommage, car le sujet du roman est tel qu’il laisse après lecture une sensation désagréable. La perspective envisagée par Houellebecq, bien qu’assez improbable, dérange et questionne. Il y avait quelque chose à en faire, un sujet qui exploité différemment aurait pu être intéressant, s’il n’avait pas été considéré de manière unilatérale.

Houellebecq, soyons sérieux, vous et moi. Vous ne pourrez pas vous payer indéfiniment la tête de vos lecteurs. Que les salons parisiens vous adorent et vous réclament en minaudant, soit. Vous jouez bien leur jeu, vous savez tenir votre rôle. Mais tout le monde n’est pas dupe. Vous vous jouez de vos lecteurs, vous entourez d’un joli ruban une prose insipide et chacun est censé choisir son camp : vous tailler une pipe ou vous cracher dessus.

Je suis navrée, je ne ferai ni l’un ni l’autre. Vous n’avez rien d’un visionnaire ; vous êtes un opportuniste qui mendie paré d’attrayants atours. Votre roman sera l’un des rares à quitter ma bibliothèque, d’une manière ou d’une autre (je répugne à jeter un livre, mais là, j’avoue être tentée…)

Vous me faites de la peine, en vérité. Vous êtes, je le crains, à la mesure de votre personnage.

Ou bien alors, vous êtes tout l’inverse. Vous êtes un grand féministe qui écrit des énormités dans l’espoir d’une réaction, et qui se désole de constater que les autres ne le sont pas tant que ça, féministes. Allez savoir…

 

4 commentaires sur “Soumission, Houellebecq

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