Peut-être

Petit bout de texte, comme ça, en passant. Pas très bien écrit, au demeurant. Je crains de manquer d’inspiration, ce soir.

Peut-être une nouvelle en devenir…

Il faut que je te dise ce qui me hante.

Il faut que je te parle.

Je ne sais pas à qui d’autre je pourrais parler.

J’aimerais me raccrocher à toi mais je suis trop fatiguée pour m’agripper à quoi que ce soit.

Fatiguée, tellement. La faute à cet hiver qui n’en finit pas. Maudit hiver qui abîme les couleurs et embrasse le monde de sa grisaille.

Hier, ma sœur est venue dormir à la maison. Je l’ai écoutée. La pauvre avait les nerfs en pelote. Je n’allais pas lui dire de se taire, tout de même. J’ai écouté, je n’en avais pas envie.

Je n’ai rien dit.

Comme toujours.

Moi, je n’ai jamais rien dit.

Déjà petite, je ne parlais pas. Peu. Juste le strict minimum afin que personne ne s’inquiète de mes facultés vocales.

En grandissant, pas davantage.

Je suis aphone en permanence. Les mots dans ma tête ne descendent pas jusqu’à ma gorge.

Il y aurait tant à dire pourtant.

À toi peut-être, je pourrais…

Ce midi, j’ai mangé chez une amie. C’est fou ce qu’elle est bavarde ! Elle parle, elle parle, tout le temps, non stop, dans un flot continu et se plaint de ne pas être écoutée. La belle affaire…

J’ai écouté, forcément.

J’aurais bien aimé parler.

Je n’ai pas pu, je n’ai même pas essayé.

Leurs ennuis sont plus grands que les miens ; leurs chagrins trop puissants et leurs histoires trop palpitantes. Je ne fais pas le poids.

Pourtant…

A toi, j’aimerais parler.

Toi que je devine sans connaître, toi qui me rappelle dans le monde des couleurs et des étoiles scintillantes. Toi dont je ressens le vide, aussi violent que le mien.

Toi dont je sais si peu. Trop peu. C’est l’histoire de ma vie.

Les autres se sont toujours camouflés devant moi. Je les vois pourtant, leurs secrets ne font pas long feu. C’est pour cela qu’ils m’évitent, je crois. Ils n’aiment pas être démasqués.

Il y en a eu un comme ça, que j’ai aimé au détour d’une nuit de fumée et qui a voulu m’en mettre plein les mirettes. Il n’avait pas compris que je m’en foutais, des artifices. Un regard imprécis l’aurait jugé haut en couleurs, mais je le sais, il regrette le temps d’avant, celui où il n’avait pas besoin d’être un autre, celui où il n’était personne.

J’ai laissé filer l’homme, je souffre pour lui. C’est ça, le problème, tu vois : j’ai « mal aux autres ».

Peut-être que pour toi, je n’aurais pas mal.

Parce que tu es comme moi. Tu sautilles dans la vie. Tu te rues dans les autres pour les oublier. Pour t’oublier.

Quand on passe sa vie suspendue sur un fil, on ne peut se permettre d’hésiter. Les funambules n’ont pas ce luxe-là. L’hésitation est le monopole des spectateurs en bas. Pour nous, il ne reste que l’imprudence. Le seul choix possible.

Toi. Peut-être.

Ou pas.

À quoi bon parler ?

Nos vides n’en sont pas moins présents parce qu’ils sont partagés.


©Loli Artesia

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